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ML Cohen

BIBLE et PHILOSOPHIE

Animé par Mme Monique Lise Cohen, Docteur en philosphie.

Prochaine rencontre

Mardi 10 septembre à 19H15
4 rue des Feuillants, Toulouse

 

Sur le thème : Lire Emmanuel Lévinas aujourd’hui

Pourquoi lire Emmanuel Lévinas aujourd’hui ? Disons qu’il est le plus grand penseur universel de notre temps. Reconnu dans le monde entier. Il est juif et son œuvre philosophique est inspirée par la tradition juive et hébraïque.
Nous croyons parfois que la philosophie est une discipline technique qui aurait ses propres concepts, comme la mécanique automobile par exemple. Nous croyons aussi que le discours religieux s’expose dans sa propre évidence loin des concepts philosophiques.
Mais les mots que nous utilisons (l’âme, le corps, l’esprit, Dieu…) sont issus eux-mêmes de la philosophie qui, depuis son origine platonicienne, marque tous nos discours.
Il n’y a pas d’autonomie du discours religieux si l’on ne se réfère pas à l’étrangeté de l’hébreu qui ne peut se traduire dans cette évidence. Ainsi les mots hébreux : nefesh, ruah, et nechama ne sauraient être traduits par âme, corps et esprit dans leur clarté platonicienne ou aristotélicienne.
Utilisant des concepts philosophiques pour lire la Bible, nous sommes plus proches de Philon d’Alexandrie que de nos sages, prophètes et penseurs.
Charles Mopsik, grand traducteur des textes de la cabale, disait qu’être juif se manifestait dans l’exercice de deux langues : l’hébreu ou la langue paternelle, et la traduction en la langue maternelle (pour nous le français). Et que notre vocation juive consistait à faire résonner en français l’étrangeté de l’hébreu.
Un grand penseur, lorsque son œuvre apparaît dans le monde, est souvent rejeté par ses contemporains ou ses coreligionnaires. Pensons au Guide des égarés de Maïmonide qui, lorsqu’il fut traduit de l’arabe en hébreu, en 1204, dans le Sud de la France, suscita pendant plus d’un siècle des polémiques terribles, des excommunications jusqu’à l’envoi du Guide ainsi que de l’introduction du Michné Torah au bûcher de l’inquisition franciscaine et dominicaine, comme le raconte une légende.

Les contemporains juifs de Maïmonide ne voulaient pas le lire ! Nous avons pris le parti de lire Emmanuel Lévinas aujourd’hui dans notre Atelier Bible et Philosophie. Notre première rencontre aura lieu le mardi 10 septembre au local de l’AJLT, à 19h 15. Et à cette occasion, nous lirons « Ethique et Infini » que l’on peut se procurer dans toutes les bonnes librairies. Sachant que toute l’œuvre de Lévinas est publiée aujourd’hui en livre de poche.

 

BioBibliographie d'Emmanuel Levinas

« L’Infini n’apparaît pas à celui qui en témoigne. C’est au contraire le témoignage qui appartient à la gloire de l’Infini. C’est par la voix du témoin que la gloire de l’Infini se glorifie. »

Autrement qu’être ou au-delà de l’essence

 

12 janvier 1906 (selon le calendrier grégorien) ou 30 décembre 1905 (selon le calendrier julien) : Naissance d’Emmanuel Lévinas, à Kovno (Kaunas) en Lituanie

1914-1917 : Sa famille émigre en Russie. Emmanuel Lévinas entre au lycée à Kharkov en Ukraine et lit les grands écrivains russes.

1923 : Études de philosophie en France, à l’Université de Strasbourg ; rencontre avec Maurice Blanchot.

1928-1929 : Élève de Husserl puis de Heidegger à Fribourg en Allemagne

1929 : Études en Sorbonne.

1930 : Traduction et publication en France des Méditations cartésiennes de Husserl (20 ans avant que le livre ne paraisse en Allemagne). Jean-Luc Marion écrit que Lévinas acclimate la phénoménologie presque en temps réel, presque au moment où elle se fait. Publication de la thèse de doctorat : Théorie de l’intuition dans la phénoménologie de Husserl. C’est Emmanuel Lévinas qui initie Sartre, Ricœur, Merleau-Ponty et Derrida à la phénoménologie. Lévinas est naturalisé français. Il dit que la France est « une nation à laquelle on peut s’attacher par l’esprit et le cœur autant que par des racines ».

1932 : Retour en Lituanie pour épouser Raïssa Lévy.

28 février 1935 : Naissance de Simone, fille d’Emmanuel et Raïssa Lévinas.

1935-1938 : Lévinas lit Franz Rozensweig ; rencontre avec Jacques Maritain.

1940-1945 : Prisonnier militaire en stalag ; sa femme et sa fille sont cachées par les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul en France ; sa famille en Lituanie est massacrée par les nazis.

1947 : De l’existence à l’existant (écrit partiellement en captivité) ; collaboration avec le Collège Philosophique de Jean Wahl ; directeur de l’Ecole Normale Israélite Orientale, il forme des maîtres pour les écoles de l’Alliance Israélite Universelle du bassin méditerranéen. Rencontre avec M.Chouchani, « un maître prestigieux et impitoyable » auprès de qui il étudie le Talmud.

1947 : Première des Lectures talmudiques présentée au Colloque des Intellectuels juifs de langue française

18 avril 1949 : Naissance de Michaël, fils d’Emmanuel et Raïssa Lévinas.

1961 : Totalité et Infini : essai sur l’extériorité (thèse de Doctorat ès lettres) ; Lévinas est nommé professeur à l’Université de Poitiers. « Une expérience aiguë de l’humain enseigne, au XXème siècle, que les pensées des hommes sont portées par les besoins, lesquels expliquent société et histoire ; que la faim et la peur peuvent avoir raison de toutes résistance humaine et de toute liberté. De cette misère humaine – de cet empire que les choses et les méchants exercent sur l’homme – de cette animalité – il ne s’agit pas de douter. Mais être homme, c’est savoir qu’il en est ainsi. La liberté consiste à savoir que la liberté est en péril. Mais savoir ou avoir conscience, c’est avoir du temps pour éviter et prévenir l’instant de l’inhumanité – infime différence entre l’homme et le non-homme – qui suppose le désintéressement de la bonté, le désir de l’absolument Autre ou la noblesse, la dimension de la métaphysique. » 1967 : Lévinas est nommé professeur à l’Université de Nanterre, et en 1973 : professeur à la Sorbonne ; il enseigne la pensée juive à l’Université de Fribourg.

1974 : Autrement qu’être ou au-delà de l’essence « Après la mort d’un certain dieu habitant les arrière-mondes, la substitution de l’otage découvre la trace – écriture imprononçable – de ce qui, toujours déjà passé – toujours « il » - n’entre dans aucun présent et à qui ne conviennent plus les noms désignant des êtres, ni les verbes où résonne leur essence – mais qui, Pro-nom, marque de son sceau tout ce qui peut porter un nom. »

De 1930 à 1995 : Emmanuel Lévinas a publié plus de trente livres et plusieurs centaines d’articles et entretiens.

Il est décédé à Paris, le 24 décembre 1995.

Jacques Derrida prononça son éloge funèbre : « Depuis longtemps, si longtemps, je redoutais d’avoir à dire Adieu à Emmanuel Lévinas. Je savais que ma voix tremblerait au moment de le faire à voix haute, ici, devant lui, si près de lui, en prononçant ce mot d’adieu, ce mot « à-Dieu » que, d’une certaine façon, je tiens de lui, ce mot qu’il m’aura appris à penser ou à prononcer autrement »

Jacques Derrida, Adieu à Emmanuel Lévinas

 

 

MLC